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Spécisme et autres discriminations

Spécisme et autres discriminations

Colloque GRÉEA/CRÉ

Montréal, 30-31 août 2021

Pour s’inscrire, c’est ici!

Les notions et les phénomènes relatifs au racisme et au sexisme ont bénéficié d’une attention privilégiée en philosophie morale et politique. De nombreux travaux ont été consacrés à leur analyse conceptuelle et à la recherche de solutions aux problèmes de justice que les préjugés, la discrimination et l’oppression raciale et/ou genrée peuvent soulever en théorie et en pratique. Plus récemment, des chercheur.se.s ont élargi ces débats aux questions posées par le capacitisme. Les tenant.e.s de la théorie critique du handicap, par exemple, ont fait beaucoup pour modifier la conception dominante de la normalité qui stigmatise les personnes en situation de handicap en les présentant comme inférieures, d’une manière ou d’une autre, aux personnes valides. Dans le même ordre d’idées, des auteur.rice.s dénoncent le spécisme, qu’ils et elles identifient, par analogie avec le racisme, le sexisme ou le capacitisme, à une forme de discrimination, de préjugés ou de mépris à l’égard de certains individus; en l’occurrence, ceux qui n’appartiennent pas à certaines espèces animales (l’espèce humaine principalement) ou qui ne possèdent pas l’une ou l’autre des propriétés associées aux espèces privilégiées (les capacités cognitives sophistiquées, le plus souvent).

Dans le cadre de ce colloque, nous nous intéresserons au spécisme et à la manière dont il se compare au racisme, au sexisme et au capacitisme. Nous chercherons à mieux comprendre les phénomènes tels que la discrimination, l’oppression, la domination et la partialité à travers le recoupement des différentes formes qu’ils peuvent prendre, dans l’espoir de découvrir, peut-être, de nouvelles pistes dans les luttes menées contre ces injustices.

Lundi 30 août 2021 

9h00  Mot de bienvenue – Christine Tappolet (UdeM, Directrice du CRÉ) et Kristin Voigt (McGill, Responsable du GRÉEA et co-directrice de l’axe Éthique environnementale et animale du CRÉ)

9h15 – 12h00

Panel #1 – DISCRIMINATION, OPPRESSION ET INTERSECTIONALITÉ

Coorganisatrices: Kristin Voigt (McGill) et Natalie Stoljar (McGill)

Bien que les définitions précises du spécisme, du racisme, du capacitisme, etc. soient controversées, elles présentent souvent ces phénomènes comme des formes d’oppression et des indicateurs d’inégalités et d’injustices structurelles. Cette table ronde cherchera à faire avancer le débat en explorant un certain nombre de questions conceptuelles sur l’oppression, l’injustice structurelle et la discrimination, et les liens qui existent entre elles.

Parmi les questions qui pourraient être abordées, mentionnons les suivantes :

  • Qu’est-ce que l’oppression ? Existe-t-il une caractéristique fondamentale de l’oppression qui se retrouve dans toutes les formes qu’elle peut prendre, par exemple celle qui se fonde sur le sexe, l’appartenance à une espèce, la race ou la situation de handicap ?
  • Certains types d’oppression – comme l’oppression épistémique ou l’oppression intériorisée – sont-ils également pertinents pour chacun de ces différents types d’oppression ?
  • Quels sont les devoirs créés par l’oppression et l’inégalité structurelle, et à qui incombent ces devoirs (par exemple aux victimes, spectateurs, bénéficiaires, etc.) ?
  • Quelle est la relation entre l’oppression et d’autres concepts apparentés, tels que la discrimination et l’injustice structurelle ?
  • Comment l’oppression et l’inégalité structurelle façonnent-elles la perception que les individus ont d’eux-mêmes et des autres, ainsi que les discours publics ? Étant donné les effets persistants et préjudiciables de l’oppression sur les individus, quels sont les outils disponibles pour y remédier ?

Présentations:
Amandine Catala (UQÀM) -« Epistemic Injustice, Intersectionality, and Autism »;
Benjamin Eidelson (Harvard Law) -« Nonhuman Animals and the Concept of Discrimination »;
Natalie Stoljar (McGill) -Oppression and nonhuman animals (brief remarks) ».

13h00 – 16H30

Panel #2 – LE SPÉCISME ET LE SEXISME

Coorganisatrices: Naïma Hamrouni (UQTR), Hannah Carnegy-Arbuthnott (U. of York) et Virginie Simoneau-Gilbert (Oxford U.)

Nombre de femmes historiquement engagées dans la lutte pour les droits des femmes étaient par ailleurs impliquées au sein d’organismes de protection des animaux. Cependant, une partie de la rhétorique utilisée historiquement dans les campagnes féministes a supposé que la meilleure manière de combattre la subordination des femmes était de dénoncer leur déshumanisation et leur animalisation en revendiquant leur appartenance au groupe dominant constitué des êtres humains, par opposition aux autres animaux. Par exemple, le pouvoir des critiques telles que le fait d’être traité « comme un morceau de viande », ou que ceux qui objectivent agissent « comme des porcs » vient de l’invocation implicite d’une hiérarchie de dignité entre les humains et les autres animaux.

L’émergence de ce type de rhétorique dans les milieux féministes n’est peut-être pas surprenante. Un mécanisme important de la subordination patriarcale sur les axes du sexe, de la race et de la classe consiste à relayer les groupes opprimés à un “autre”, en les présentant comme bestiaux et donc non civilisés, ne méritant pas un respect égal.

Pour ceux et celles qui s’opposent au spécisme, cela soulève la question de savoir comment combattre de telles forces oppressives sans réaffirmer une hiérarchie des valeurs entre les humains et les animaux non humains, et de nombreuses (éco)féministes sont précisément opposées aux stratégies d’émancipation qui sont employées au détriment des groupes marginalisés et vulnérables d’individus, dont les animaux non humains. C’est ce qui les amène à critiquer les rapprochements faits entre les femmes et les animaux dans la publicité qui vise à dénoncer le sexisme, parce qu’ils laissent entendre que des pratiques oppressives ne soulèvent un problème moral que lorsqu’elles concernent des femmes, mais non des animaux non humains. À l’inverse, elles s’élèvent aussi contre les campagnes antispécistes misant sur l’instrumentalisation du corps des femmes (comme certaines campagnes de sensibilisation au sort des animaux déployées par l’organisme Peta), qui semblent nuire au féminisme. On pense qu’il est plus juste et qu’il sera sans doute plus efficace de mener ces luttes contre les privilèges injustes de manière convergente et solidaire.

Dans ce panel, seront notamment explorés les rapprochements patriarcuax souvent faits entre les femmes et les animaux non humains par la mise en avant de dualités associées au genre et à la race (sujet/objet; raison/émotion; dépendance/autonomie; instinct et intuition/liberté; nature/culture; vulnérabilité/pouvoir; vie biologique/vie biographique; etc.), par le recours à certains actes de langage (compliments ou insultes animalistes genrés) ou par des pratiques de contrôle du corps ou des fonctions sociales sexuées (reproduction, sphère domestique, servir, soigner, etc.).

Présentations:
Christiane Bailey (Social Justice Centre, Concordia) -« L’écoféminisme et la thèse des destins liés »;
Lauren Corman (Brock U.) -« A Gendered Rubik’s Cube: Slaughterhouse Labour, Violence, and Trauma ».

Commentaires:
Laurie Gagnon-Bouchard (UQTR);
Angie Pepper (U. of Roehampton).

Mardi 31 août 2021

9h30-12h00

Panel #3 –LE SPÉCISME ET LE RACISME

Coorganisateurs: Luc Faucher (UQÀM) et François Jaquet (CRÉ)

À l’origine, le spécisme a évidemment été défini par analogie avec le racisme : tandis que les racistes discriminent en fonction de la race, les spécistes discriminent en fonction de l’espèce. Mais l’analogie ne s’arrête pas là. Selon ses opposants, le spécisme  est injuste pour la même raison qui rend le racisme injuste. Leur argument est simple : le racisme est injuste parce qu’il implique un traitement différentiel en l’absence d’une différence moralement pertinente ; or le spécisme en fait autant ; donc, le spécisme est lui aussi injuste.

Cette analogie entre le spécisme et le racisme constitue bien sûr un sujet sensible. Pendant la plus grande partie de l’histoire humaine, on trouvait acceptable de comparer les « groupes racisés » aux animaux. Que ce ne soit plus le cas est bien sûr un signe de progrès moral. Mais cela révèle aussi le chemin qui reste à parcourir : un jour peut-être le terme « animal » ne sera-t-il plus utilisé comme une insulte.

Dans ce contexte critique, quels parallèles peut-on légitimement établir entre le spécisme et le racisme – quelles sont les perspectives et les limites de cette analogie ? Et quels ponts construire entre l’étude philosophique et scientifique de ces deux formes de discrimination ? Ce panel se fixe pour objectif d’aborder ces questions.

Présentations:
Dalida Awada (UdeM) -« Racisme et spécisme : bien plus qu’une analogie »;
Luc Faucher (UQÀM) -« Sans émotion: comment l’approche émotionnelle du racisme éclaire le spécisme ordinaire »;
François Jaquet (CRÉ) -« Speciesism and Tribalism: Embarrassing Origins ».

13h00-16h30

Panel #4 – LE SPÉCISME ET LE CAPACITISME

Coorganisateur.rice : Jonas-Sébastien Beaudry (McGill) et Valéry Giroux (CRÉ)

Le capacitisme et le spécisme désignent tous deux des oppressions consistant à inférioriser les individus dépourvus des capacités physiques et mentales que possèdent ceux qui sont considérés comme les véritables sujets moraux, politiques et légaux : les êtres humains neurotypiques n’ayant aucun handicap physique. Le capacitisme vise les êtres humains dont le corps ou l’esprit s’éloigne de la norme alors que le spécisme cible les animaux non humains parce qu’on les considère comme dépourvus de certaines capacités cognitives sophistiquées typiquement associées à l’humanité.

À première vue, ces deux types de discriminations semblent avoir plusieurs points en commun et leur théorisation pourrait, l’une par l’autre, être éclairée. On pourrait même comprendre le spécisme comme une forme de capacité. Cependant, les chercheur.se.s en théorie du handicap et ceux.lles qui travaillent en éthique animale ne conçoivent pas toujours l’oppression de la même façon et se sont même parfois affrontés. Par exemple, certains théoriciens du handicap pensent qu’établir des parallèles entre les animaux non humains et les personnes handicapées pourrait dénigrer le statut d’êtres humains vulnérables plutôt que d’élever celui des animaux non humains.

Ce panel réunit des expert.e.s qui s’intéressent à cette tension et cherchent à trouver des solutions pour la surmonter et penser les deux champs d’études de manières compatibles et complémentaires.

Présentations:
Shelley Tremain (BIOPOLITICAL PHILOSOPHY) -« Ableism, Animals, and Apparatuses »;
Agnes Trzak (Activist-scholar) – « Speciesism and Disability: A Story about a disabled Dog, a Duck and the Woman who Cared for Them ».

Commentaires:
Valéry Giroux (CRÉ);
Matthew Palynchuk (McGill).

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