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Loyauté politique et trahison au XXIe siècle : quelle actualité ?

December 13, 2016 Leave a comment Go to comments

85e congrès de l’ACFAS, 8 mai 2017 – Université McGill (Montréal, Canada)

Loyauté politique et trahison au XXIe siècle : quelle actualité ?

Responsable : André Duhamel, professeur Université de Sherbrooke

Co-Responsable : Sylvana Al Baba Douaihy, doctorante Université de Sherbrooke

Sujet

Le couple loyauté/trahison, sauf exception, n’apparaît guère dans le vocabulaire politique actuel. Les débats politiques et les discussions théoriques sur le ‘vivre ensemble’ et l’obligation politique se sont en effet davantage appuyés, dans la deuxième moitié du 20e siècle, sur les idées d’appartenance et de communauté, de pluralisme et de tolérance, d’identité et de reconnaissance. Dans les sociétés libérales démocratiques, la relation à l’État et au gouvernement est davantage celle de la revendication et de la critique que celle de l’allégeance et de l’engagement : la loyauté est en quelque sorte minimale ou distanciée (simple respect des lois) et non maximale ou constitutive (identification du loyal à son objet). Les exceptions apparaissent, justement, quand l’identité culturelle ou la sécurité nationales sont concernées ou menacées, comme lors des compétitions sportives internationales, à propos des mouvements migratoires ou des déploiements militaires. S’il peut encore être question de loyauté et de trahison en dehors des phénomènes de ce genre, c’est à plus petite échelle, au niveau des partis politiques par exemple (retourner sa veste : on parlera de traîtrise), ou dans les organisations de la société civile (loyauté envers l’employeur, difficile en ces temps de ‘flexibilité’). On ne retrouve ainsi un usage important de la loyauté et de son contraire que dans le monde professionnel (Begin 2015) et, quand il subsiste en politique, est souvent associé au patriotisme et aux valeurs de droite (MacIntyre 1984, Drunckman 2004). Si son étude ne disparaît pas pour autant, comme en témoignent, après Hirschmann 1970, les travaux de Keller 2007, Klenig 2014, et Schehr 2010, Giraud 2010 sur la trahison, elle demeure en retrait dans les sciences humaines et sociales. L’atténuation de la loyauté et de la trahison politiques est-elle avérée, ou s’agit-il d’une question de point de vue, qu’un changement de perspective pourrait infirmer ? Telle est notre interrogation.

 

Pertinence

La loyauté fait lien et la trahison le défait, mais cette dernière est davantage que la rupture d’une promesse, une tricherie ou une dissimulation (bien qu’elle les implique parfois). En français, leial et loial apparaissent dès le 12e siècle, et deviennent au 16e loyal dans sa graphie actuelle. Sa signification est d’emblée double : a) juridique : est loyal ce qui est conforme aux lois en vigueur (proche du légal, legalitas) ; b) morale : est loyal ce qui est fidèle aux engagements pris et aux lois de l’honneur (proche d’intégrité, droiture). La loyauté apparaît comme un intermédiaire historique entre le serment médiéval (féauté, liée au statut) et la légitimité moderne (droits et loi, appuyés sur un contrat). Dans cette évolution, la loyauté se rattache de plus en plus aux caractéristiques impersonnelles des institutions, et de moins en moins aux rapports entre des personnes et des groupes. De même, la trahison envers l’État-Nation n’est en général plus clairement perçue. La question plus spécifique de la haute trahison enseigne combien le concept est ambigu et propice à polémique, surtout à l’ère des flux informatiques transfrontaliers, comme le montre l’affaire Snowden aux États-Unis. Si la haute trahison est reconnue comme une adhésion à la cause ennemie, elle est davantage qu’un manquement à une relation qui exigeait de la loyauté, et l’un des problèmes qui se posent est alors d’en préciser la nature afin de pouvoir en mesurer les effets. Quels sont les fondements de la loyauté due à la Nation ? La trahison et la traîtrise ordinaires ne sont-elles que l’envers de la loyauté minimale, à savoir un désengagement, un retrait, une défection (Schehr 2016), un ‘exit’ (Hirschman 1970), ou sont-ils l’équivalent d’une attaque contre le fondement même de l’entité politique ? La loyauté maximale et exclusive peut-elle être exigée par l’État ? Peut-on révoquer la citoyenneté de gens reconnus coupables de terrorisme, d’espionnage ou de signalement (whistleblowing) ?

 

Objectifs

L’objectif de notre colloque d’une journée consistera donc à recouvrer ou retrouver les usages, la pertinence et les limites de la loyauté politique aujourd’hui, et de permettre d’offrir une synthèse sur le concept de la trahison dans la variété de ses manifestations. Le colloque entend interroger la consistance conceptuelle de ces notions, afin de dépasser une simple approche événementielle et descriptive des rapports sociaux et des modes d’engagement étatique. Il accueillera les études de cas et les approches comparatives (par ex. de spécialistes de la chose militaire), mais toujours dans le but d’une théorisation adaptée aux difficultés de ses usages actuels. Nous espérons ainsi circonscrire la portée du concept de loyauté en philosophie politique ainsi qu’en sciences humaines et sociales, et déboucher sur la délimitation (ou l’élargissement) du paradigme de la trahison. Nous pourrons ainsi mieux rendre compte de leur complexité et mieux mesurer leur actualité aujourd’hui.

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